—Cest le courrier, dit la bonne, en remettant quelques lettres à
Mlle Roquevillard.

—Vous permettez? demanda celle-ci à sa compagne. Cétait le jour dHubert… Ah! une lettre de lui… je l'attendais un peu.

Dune main frémissante, elle décacheta lenveloppe qui venait du Soudan. Par delà la mort, le jeune officier intervenait dans le drame de famille. Il est peu dimpressions aussi poignantes que de recevoir des témoignages de ceux qui ne sont plus. Marguerite, dont la résignation farouche ressemblait au calme jusqualors, laissa échapper, en lisant, un long gémissement. Jeanne, discrète, émue, nosait la consoler. Mais delle-même, la jeune fille se ressaisit. Ce nétait point lheure de pleurer, de sabandonner. Son père ne lui avait-il pas montré la conduite à tenir?

—Hubert, murmura-t-elle.

Elle parut chercher un instant quelle décision prendre.

—Il faut… il faut que jaille au Palais de Justice. Tout de suite.

—Pourquoi?

—Ah! parce quHubert aussi a pensé à nous.

—Hubert?

—Oui. Il savait quil allait mourir. Au commencement de sa lettre il tâche de nous tromper, de nous égayer. Et puis, et puis il écrit… Là, tenez, mon Dieu. Mes yeux ne voient plus. Là… "Si pourtant je devais rester ici, toujours, joffrirais le sacrifice de ma vie, pour lhonneur de notre nom, pour le salut de Maurice…" Vous voyez. Il mordonne daller là-bas.