—Vous en qui j'ai confiance, répondez-moi ce n'est pas vrai, n'est-ce pas?

—C'est faux! assura la malade.

— Je l'espère, dit le chef de famille. Mais toutes les apparences sont contre lui, et il risque d'être condamné.

—Condamné?

—Oui, condamné, répéta l'avocat, et nous tous avec lui qui portons le même nom, venons du même passé et marchons vers le même avenir.

D'un geste, il parut protéger les deux femmes en larmes et menacer le déserteur:

—Un instant de faiblesse suffit à briser l'effort de tant de générations solidaires. Ah! que là-bas, dans sa fuite honteuse, il mesure l'étendue de sa trahison: les fiançailles de sa soeur rompues, l'avenir de son frère atteint, la santé de sa mère ébranlée, notre fortune compromise, notre nom taché et notre honneur sali! Voilà son oeuvre. Et cela s'appelle l'amour! Qu'importe qu'il n'ait pas dérobé une somme d'argent? À nous, il nous a tout volé. Aujourd'hui que nous reste-t-il?

—Vous, s'écria Marguerite. Vous le sauverez.

—Dieu, dit Mme Roquevillard qui retrouvait dans le malheur une étrange sérénité. Ayez confiance: les mérites d'une race ne sont jamais perdus. Ils rachètent les fautes des coupables…

DEUXIÈME PARTIE