A midi, tout s’immobilise dans la forêt. Les feuillages, bizarrement bosselés, se tachent de reflets métalliques... Le vent, à coup sûr, les ferait tinter; mais il ne souffle pas... Cependant les piques solaires crèvent durement ces boucliers de clinquant. Il semble qu’on entende leur choc sur la terre, et que celle-ci en garde un étonnement sourd. La vie animale est morte. Seuls les insectes, particules légères, participent à cette rebondissante vibration.
Un peu plus tard, glisse l’heure de l’écureuil et du singe. Deux bêtes, deux âmes... L’écureuil projette à peine sur d’opaques frondaisons sa courbe grise et légère comme une fumée. Le singe, à grand tapage, bouscule, casse, déchire, relève d’un jeu lubrique la longue traîne agrafée aux ramures.
Dans les tranchées, où mon poney galope avec ardeur, un papillon, damasquiné de bleu, coupe, d’une ligne brisée et hâtive, la large piste veloutée.
Et voici le soir, redoutable magicien! La forêt se transforme. Elle s’apprête pour de mystérieuses célébrations... Du haut en bas, des cimes à la brousse, aux innombrables étages de la demeure végétale, c’est le plus grand chuchotement de l’inconnu.
Qu’on ne s’y méprenne point cependant. Ici vos épaules ne sentiront pas tomber sur elles l’ombre, froide et lourde d’hymnes, d’un temple. Les images architecturales familières se détournent de l’esprit. Point de piliers; point de colonnades, point de voûtes qu’emplit l’horreur sacrée... Ceci seulement: la grande force élévatrice, une minute, imperceptiblement rétractée...
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Depuis que j’habite dans le voisinage de la forêt, j’ai compris l’âme secrète de ceux qu’on appelle là-bas, dans les villes peuplées de scribes, les «broussailleux».
«Ce sont des orgueilleux brutaux. Ils appartiennent à un cycle révolu, résidus de ces âges où la force aux yeux courts tenait le sceptre. Ils perdent l’aplomb à jouer les Nemrods au petit pied, loin du sol héréditaire où la juste dévolution des emplois ferait d’eux des garde-chasses...»
Ils répondent: