Les jeunes femmes qui sont là sont élégantes et gaies. Sont là aussi les papillons de bureau, empressés, voletant, gracieux, le gardénia ou l’hibiscus à la boutonnière. L’ensemble s’ingénie à un petit air de raout mondain, qui a sa bravoure ici, où la charge du climat sur les épaules sert facilement de prétexte à la veulerie.

Vigel fait quelques jeux. Il manque d’entraînement, mais ses drives sont de la bonne école. Et je note que, pour un homme de la brousse, son pantalon de flanelle blanche est le plus impeccablement passé au fer.

Je reprends contact avec mon ancienne rencontre saïgonnaise, M. Lanier.

—Quel dommage, me dit-il, que vous partiez si vite! Monsieur Vallery aurait certainement organisé une chasse à l’éléphant en votre honneur. Nous sommes ici dans une région exceptionnelle. Le Pyat, l’ancien seigneur de ces provinces, était grand amateur... Nous avons hérité d’une partie de ses équipages, sans avoir, hélas! le moyen de mobiliser, comme lui, dans les villages, deux ou trois mille rabatteurs. Le plus déplorable, c’est qu’au moment des migrations, les bêtes sont maintenant détournées vers le Siam... Vous n’avez jamais vu l’arrivée des éléphants au kraal du roi, à Bangkok? Cela vaut le voyage! Et là-haut, chassez-vous? Comment vivez-vous? Qu’y a-t-il au juste dans cette histoire de coolies déserteurs?

Je réponds. Je conte la légende du gong.

—Vous aurez évidemment un gros tintouin. Peut-être bien que quelques-uns d’entre nous seront forcés de monter là-haut!

Il prit l’air inquiet.

—Donnez-moi donc des renseignements sur la nourriture, l’état sanitaire... Est-ce qu’une femme...

Madame Lanier s’approche en riant, rose encore d’une partie gagnée.

—Là! Je parie que mon mari est en train de trembloter pour moi. Remarquez, monsieur, que jusqu’à présent, je n’ai jamais été malade, et que c’est moi qui l’ai déjà soigné trois fois!