—Qu’y a-t-il, docteur? questionnai-je. Moi, je rentre chez moi, mais vous, ce n’est point par fantaisie que vous vagabondez par ici?...

Sa sala était, en effet, à l’autre extrémité du camp; en équerre de la digue, dans le voisinage de l’infirmerie.

Il ne répondit pas directement à mon interrogation.

—J’allais avertir Moutier, mais, puisqu’au fait je vous rencontre, cela vaut peut-être mieux. Venez avec moi chez Barnot, voulez-vous?

—Barnot est malade? Blessé?

—Blessé, non... Mais il sera mort demain matin.

Il avait dit cela d’un ton qui voulait être celui plein d’assurance froide d’un éminent praticien; mais, en même temps, il ne pouvait se tenir de remuer son binocle sur son nez.

—Je vous suis, docteur. Ne vous écarquillez pas ainsi les yeux dans la nuit. Dans cinquante mètres, il y a un bouquet de lataniers, plus visible qu’une armée de nègres. C’est là qu’il faut tourner à droite.

Un bouquet de lataniers... Parfaitement; et même, derrière ces lataniers, croissaient, j’y pensai tout de suite, des lianes à belles fleurs d’un violet sombre, qui, ma foi, seraient tout ce qu’il faudrait pour confectionner une couronne. Quel réflexe baroque fit sauter ma pensée et l’immobilisa sur cette incongrue préoccupation? Cela et l’agacement que me causait l’agitation des doigts du docteur, voilà ce que provoqua d’abord en moi la nouvelle que Barnot serait mort le lendemain matin. Et c’est seulement après avoir tourné le noir bouquet empanaché de lataniers que je jugeai décent de demander quelques explications complémentaires.

Le docteur me les donna à voix basse, comme s’il craignait d’effaroucher quelque puissance occulte et rôdeuse.