Olga espérait vaguement que Ladof ne viendrait pas: peine perdue!
A quatre heures, il était sur la terrasse, causant avec la princesse, d'un air moins indifférent qu'à l'ordinaire, toutefois.
Il n'était pas de ceux qui promettent pour ne pas tenir, et la conduite d'Olga avait été assez étrange pour lui permettre les suppositions les plus variées et les moins rassurantes.
Une heure s'écoula avant qu'il pût descendre au jardin; enfin, une dame invitée pour le dîner ayant fait son apparition, le jeune homme s'empressa de descendre les quelques marches qui séparaient la terrasse du jardin: il y trouva Olga qui, depuis une heure au moins, tournait autour du parterre avec toute la patience et la régularité d'une jeune lionne en cage.
Cette heure d'attente lui avait fait beaucoup de mal, car, en commençant sa promenade, elle était décidée à tourner tout en plaisanterie; mais, vers le second quart d'heure, elle avait vu passer Batourof qui l'avait saluée en clignant de l'œil, et cette apparition avait complétement retourné ses idées; elle attendait désormais Ladof comme un ange libérateur.
—Eh bien! mademoiselle? dit celui-ci en arrivant auprès d'elle.
—Eh bien! monsieur, il faut que M. Batourof meure, ou bien qu'il cesse la conduite indigne qu'il tient avec moi depuis si longtemps.
Ladof, stupéfait, restait devant elle, pâle d'indignation, n'osant croire ses oreilles.
—Oui, s'écria Olga; parce que j'ai eu la faiblesse de vouloir rire un jour à l'institut,—pas seule, monsieur, avec d'autres,—parce que M. Batourof s'est dit mon amoureux et m'a apporté des bonbons, il se croit en droit maintenant de me regarder de la façon la plus offensante... Je le hais, je le hais! répéta Olga en frappant du pied.