Elle fondit en larmes tout à coup. Heureusement les buissons du parterre les cachaient aux yeux des spectateurs de la terrasse. Ladof osa l'interroger, et apprit enfin de quoi au juste se composaient les torts et les griefs de la jeune princesse Orline.
—C'est très-grave, dit-il.
A vingt-trois ans, on trouve ces choses-là très-graves.
—Vous serez obéie, mademoiselle, reprit-il, quoi qu'il puisse arriver.
Olga se repentit d'avoir parlé. En théorie, il est très-commode de faire disparaître un homme; mais quand la pratique se compose d'un duel,—et la jeune fille était assez intelligente pour comprendre qu'il y aurait un duel,—le point de vue change totalement.
—Monsieur, dit-elle timidement, n'y aurait-il pas moyen?...
—Olga, fit la voix de la princesse, Olga, où donc es-tu?
La jeune fille s'enfuit, non sans avoir offert la main à Ladof, qui n'eut pas seulement le temps de la baiser.
Pendant la soirée, Olga fut d'une pâleur qui parut de mauvais augure à la princesse; on l'envoya se coucher à neuf heures, et la pauvre enfant en fut enchantée, car elle était en proie à des inquiétudes sans nombre.
Quand elle se fut mise au lit, avec une soumission qui provenait uniquement de la crainte d'une visite de sa mère, elle appela Ariadne, dont la chambre était contiguë à la sienne.