Mademoiselle Grabinof blêmit de rage, chercha une réponse acérée et, ne la trouvant point, s'en alla pleine de fiel.

Après le thé du soir, maigre régal, au moment où les jeunes filles profitaient de leur dernière récréation, la dame de classe sortit de sa chambre, ouverte sur le corridor-promenoir.

—Ranine, cria-t-elle de sa voix la plus perçante, vous êtes mandée chez madame la directrice.

Tous les yeux malins et méchants se tournèrent vers Ariadne, qui se leva tranquillement, déposa le livre d'étude qu'elle lisait, et prit lentement le chemin du grand escalier. Les regards la suivirent.

—On va la renvoyer, murmura une voix compatissante.

—Elle n'aurait que ce qu'elle mérite, répliqua sèchement la Grabinof.

—Vilaine bête, la Grabinof, chuchota une indépendante à l'oreille d'une autre; est-elle assez méchante aujourd'hui! Je voudrais qu'elle eût sur le nez!

—Cela viendra peut-être, répondit l'autre. Viens-tu dans le réfectoire cette nuit?