—Chut! fit l'indépendante, qui s'appelait Olga.

Elle regarda autour d'elle et murmura très-bas:

—Pas cette nuit, mais demain soir.

Les deux amies s'en retournèrent du côté de la dame de classe.

—Eh bien, chère mademoiselle Grabinof, dit Olga, ce couvre-pieds, il y a bien longtemps que je n'y ai fait une petite rangée! Prêtez-moi votre crochet, chère demoiselle, allons, donnez vite.

—Pas ce soir, ma bonne amie, pas ce soir, il est trop tard; mais demain si vous voulez, répondit mademoiselle Grabinof en roulant le précieux ouvrage.

—La vieille momie, elle prend cela pour argent comptant! Tu sais, dit Olga à l'oreille de sa compagne, ce couvre-pieds, elle l'avait commencé pour sa noce avec le prince Miravanti-Fioravanti, cet ambassadeur italien du temps de Pierre le Grand, qu'elle devait épouser;—mais il avait déjà trois femmes en pays étranger!

Les deux bonnes amies, riant, se poussant, se pinçant, chuchotant, allèrent rejoindre les autres à la porte du dortoir, où, par une malice ordinaire et quotidienne, sous prétexte de politesse, elles se faisaient de grandes révérences et s'empêchaient mutuellement d'entrer.

Le long des grands escaliers, des grands corridors, au travers des vastes salles, Ariadne, qui ne se pressait pourtant guère, avait fini par arriver à l'antichambre de l'appartement directorial. Un soldat de service, revêtu d'une pseudo-livrée de petite tenue, se leva devant elle et ouvrit la porte d'un salon d'attente. Là, une femme de charge, confidente de sa maîtresse, se tenait constamment, refusant ou livrant le passage. Elle fit signe d'entrer à Ariadne, restée muette sur le seuil. La jeune fille fit quelques pas, ouvrit un des battants d'une porte à demi recouverte de grands rideaux de laine, entra, fit une révérence, referma le battant sur elle, et attendit, la tête baissée, les mains pendantes le long de son corps jeune et harmonieux.

—Qui est là? demanda la directrice.