—Qui vous a prévenu de notre voyage? dit subitement la princesse.
Constantin, décontenancé, faillit rester muet; mais comme il fallait répondre:
—Ce sont vos gens, dit-il; je suis venu hier dans l'après-midi sans vous trouver, et j'ai appris que vous partiez...
La princesse, tout à fait rassurée, ne vit plus là qu'une preuve d'amour de la part de Ladof à l'adresse d'Ariadne.
—Eh bien, soit! dit-elle; tant que votre présence ne sera pas opportune, ces demoiselles seront bien aises d'avoir quelqu'un à faire courir pour leurs caprices. Mais vous partirez le premier, mon cher Constantin. Je ne tiens pas à ce que les méchantes langues répandent dans Pétersbourg le bruit que je vous enlève.
—Oh! princesse! fit Ladof heureux et confus.
—Mais, certes! je ne suis pas encore assez vieille pour me permettre de voyager avec un jeune homme.
La princesse se leva avec un sourire, développant sa haute stature, sa taille élégante et sa beauté encore dans son été. Olga se gardait bien d'échanger regard ni parole avec Ladof; celui-ci, ne sachant que faire de sa personne, se rapprocha d'Ariadne.
—Et vous, mademoiselle, me permettez-vous de vous infliger ma société? dit-il en plaisantant.
—Oui, répondit Ariadne sans lever les yeux.