Le paradis s'ouvrait devant elle.

Huit jours après, les trois dames, en mettant le pied sur le quai de la gare, à Berlin, se trouvaient abordées par Ladof, heureux et rougissant, qui leur avait préparé un hôtel, une voiture et tout ce qui s'ensuit.

—Eh! mais c'est charmant, dit la princesse d'un ton railleur, où perçait l'amitié qu'elle portait au jeune homme; vous faites les choses mieux qu'un courrier, et l'on n'a pas besoin de vous gronder pour vous faire comprendre ce qu'on veut! Je vous attache à ma personne.

—Trop heureux! murmura Constantin en s'efforçant de lui frayer un passage.

Il avait reçu d'Olga le plus délicieux sourire; la vie pour lui se teignait en rose.

Au bout de huit jours, Ariadne ne conservait que bien peu de ses illusions: elles étaient parties une à une, comme les feuilles que le vent d'automne arrache aux arbres. Elle avait voulu se défendre contre la conviction envahissante de sa nullité aux yeux de Constantin; elle avait lutté avec énergie contre l'évidence, puis la réaction était venue, apportant son cortége de tristesses et d'amertumes.

—C'est elle qu'il aime, se disait-elle à tout moment du jour.

Et pourtant, si Ladof s'approchait d'elle, s'il lui prenait son châle ou son petit sac, elle croyait voir dans cette prévenance une marque d'affection... De l'affection, oui, certes, le jeune homme en éprouvait pour elle; mais la réserve qu'il affectait avec Olga était bien plus éloquente que ces démonstrations de politesse banale.

Au lieu de s'arrêter dans les capitales, et d'y arriver par les moyens vulgaires, la princesse, au bout de quelques jours de voyage, avait conçu une idée fantasque, celle de gagner Paris par le littoral. Elle était allée de Bruxelles à Ostende, et là, l'air de la mer l'avait saisie et charmée. Ces jours d'octobre ont au bord de l'Océan une douceur sans pareille; même gris et voilés, sauf les moments où souffle la bise, ils sont moins des jours d'automne qu'au sein des terres, et surtout dans les villes.

Là, les falaises ou les dunes se dépouillent moins vite de leur verdure; si les arbres sont bientôt mis à nu par les rafales d'équinoxe, le gazon, ras et dru, garde sa fraîcheur; les roches sont les mêmes en toute saison, et la mer est aussi souriante au soleil de janvier qu'à celui de juillet.