—S'apercevoir de quoi? Que tu lui fais la cour? Grand malheur! Une si sage personne, une fille aussi sérieuse ne va pas se soucier d'un nigaud comme toi. Il n'y a que moi au monde d'assez bête pour t'aimer!
Ainsi morigéné avec accompagnement de petites tapes et de sourires enchanteurs, Constantin avait étouffé la voix de sa conscience. Mais, en voyant Ariadne de jour en jour plus pâle, plus élancée, moins terrestre pour ainsi dire, il avait senti revenir les remords.
Ariadne paraissait le fuir, loin de vouloir lui rien reprocher; sans affectation, elle se tenait à l'écart, et c'était la princesse qui l'appelait pour qu'elle se joignît à leur groupe. La princesse n'était pas contente; le mariage qu'elle avait daigné favoriser de sa bonté complaisante semblait reculer au lieu d'approcher, et madame Orline se demandait parfois ce que cela voulait dire. Le changement visible qui s'opérait en Ariadne avait frappé ses yeux vigilants; elle voulait une explication, mais la position dépendante de l'orpheline dans sa maison rendait cette explication si difficile qu'elle la remettait de jour en jour.
XXX
Un soir, en arrivant à Fécamp, les voyageurs virent annoncé pour le lendemain un concert d'amateurs, au profit des pauvres.
—Ariadne, s'écria Olga, tu devrais chanter pour ces malheureux! Il y a longtemps que nous ne t'avons entendue, et je crois que les naturels du pays n'ont jamais imaginé rien de pareil à ta voix.
—Ce serait une bonne action, mademoiselle Ariadne, dit Ladof, et vous feriez plaisir à tout le monde!
Ariadne se taisait: la princesse crut qu'elle attendait son avis.