—Un peu; ce ne sera rien; je vous remercie, madame.
Ariadne fit un effort, et sourit à la princesse, qui lui posa la main sur la tête. Ce sourire était si douloureux, si navré, que madame Orline posa un baiser de mère sur le front de l'orpheline.
—Nous irons demain à Étretat, puisque je vous l'ai promis, dit-elle à sa fille d'un ton sérieux; puis nous retournerons directement à Paris; j'ai assez de ces pérégrinations. Nous avons tellement fatigué mademoiselle Ranine, qu'elle n'a plus que le souffle.
La princesse avait parlé avec tant de sévérité, que sa fille se sentit punie. Olga sortit sans avoir osé chercher à causer avec Ladof. Celui-ci, de son côté, sentait une montagne lui peser sur les épaules.
Les deux jeunes filles partageaient la même chambre. Olga, ce soir-là, fit attention à sa compagne, et fut frappée de la langueur et de la fatigue que décelaient ses moindres gestes.
—Qu'as-tu? lui dit-elle avec inquiétude, en constatant les yeux cernés, la respiration courte et les mains brûlantes de son amie.
—Rien, répondit mademoiselle Ranine avec un sourire.
Ce sourire, qui apparaissait sur son visage depuis quelque temps, avait une expression de douleur contenue qui la rendait plus belle et plus touchante que jamais.