—Mais on a quelque chose quand on maigrit comme tu le fais...
—Je me guérirai avec le temps, dit Ariadne.
Au bout d'un moment, elle ajouta:
—Si je ne guérissais pas, n'oublie pas mon vieux maître: le prix de ses leçons est resté dans le portefeuille à Pétersbourg.
—Mais, Ariadne, s'écria Olga effrayée, tu ne vas pas mourir?
—J'espère bien que non! fit la cantatrice en se redressant avec un retour d'énergie; mais maintenant j'aurai l'esprit plus tranquille; bonsoir!
Elle se laissa retomber sur l'oreiller, et s'endormit sur-le-champ.
Bientôt sa respiration devint plus régulière, ses mains plus fraîches, et Olga, penchée sur elle, vit revenir l'expression qui était familière au beau visage de marbre endormi sous ses yeux.
—Elle a pourtant l'air triste, se dit la jeune princesse; autrefois elle paraissait plus heureuse... Elle est peut-être affligée de n'avoir personne à aimer, tandis que moi... Je ne sais pas pourquoi j'ai fait des cachotteries avec elle... nous aurions bien pu lui dire tout. C'est peut-être ce manque de confiance qui lui aura fait du chagrin... elle aura pensé que je ne l'aimais plus! Je le lui dirai demain, sans faute.
Olga s'endormit sur cette bonne pensée.