—Oui, répondit la directrice avec une promptitude qui prouva qu'elle avait suivi un cours d'idées analogue. Seulement, elle a une chose contre elle: sa pauvreté. Chez une fille de grande maison, cette originalité serait un grand charme; chez une fille sans fortune, c'est un tort grave.
—N'a-t-elle absolument rien?
—Rien.
—Mais où ira-t-elle en sortant d'ici?
La supérieure fit un geste vague qui signifiait: n'importe où.
—Je suis sûre, insista madame Sékourof, que, si on lui donnait un bon maître, elle ferait une artiste de premier ordre; elle a une voix extraordinaire, et avec cela une chaleur concentrée qui la rendraient, je crois, très-propice à la scène.
—Vous voilà bien avec votre marotte de théâtre! Vous vendriez vos dernières robes pour un opéra nouveau! dit en souriant la directrice.
—Pas absolument. Mais cette jeune fille m'étonne. Est-elle d'un caractère difficile?
—Jusqu'ici l'on ne s'était jamais plaint d'elle. Mais vous savez, cette dernière classe nous donne parfois bien du tourment... C'est l'âge des révoltes et autres choses...
La supérieure se tut et réprima un soupir.