—Je ne vois personne que mon maître et madame Sékourof, et puis une élève renvoyée pour cause d'insubordination; ce n'est pas si intéressant pour qu'on s'en souvienne.
Olga garda le silence.
—Tu peux compter sur moi, dit-elle au bout d'un moment, je te suis plus attachée que tu ne crois: si jamais tu es dans la peine, viens me trouver ou écris-moi. Tu ne m'appelleras pas en vain.
Ariadne voulait se retirer. Son amie la garda pour lui faire voir les mille bagatelles coûteuses et charmantes de son appartement, et ne la laissa enfin partir que comblée de présents et d'amitiés.
En revenant chez sa protectrice, Ariadne ne put s'empêcher de lui faire part de l'étonnement croissant que lui causait l'affection d'Olga.
—Qui eût cru, disait-elle, que cette riche princesse, si dure parfois avec moi à l'institut, deviendrait mon amie dans l'infortune?
—Conservez son amitié, lui dit madame Sékourof. Après moi, ce sera la seule qui vous reste, et je sens que je ne durerai pas longtemps.
En effet, la bonne dame s'affaiblissait de jour en jour. Elle n'avait pas pu chaperonner Ariadne lors de son premier concert. Le second fut annoncé, et elle sentit d'avance qu'elle n'irait pas non plus.
Après avoir surveillé la toilette d'Ariadne, après avoir posé elle-même sur son front la couronne de jasmin blanc qu'elle avait choisie, elle l'embrassa tendrement et s'étendit sur son lit, pendant que sa fille d'adoption partait avec Morini. L'oppression dont elle souffrait toujours disparaissait peu à peu; elle se sentait devenir de plus en plus légère, mais sa tête devenait aussi plus vide et plus faible. Une autre eût cru à un changement en mieux, mais elle avait vu mourir trop de fois pour se méprendre sur son état.
—Pourvu, se dit-elle, que je vive assez pour donner encore quelques conseils à cette pauvre enfant!