Une langueur la saisit; elle voulait lutter contre le sommeil, mais elle n'eut pas la force de résister longtemps, et ses yeux se fermèrent sous la lumière adoucie de la lampe, voilée par un épais abat-jour.
XVII
Le concert d'Ariadne battait son plein; un jeune violoniste, d'un talent inégal, mais incontestable, venait d'enlever la salle avec une polonaise nouvelle d'un brio extraordinaire; les applaudissements, éteints à grand'peine pour lui, venaient de reprendre avec furie pour l'entrée d'Ariadne, qui devait exécuter un duo avec un ténor alors en vogue, et qui ne chantait jamais ailleurs qu'à l'Opéra. L'exception qu'il faisait en faveur de la jeune élève de Morini avait redoublé l'attention et la curiosité des assistants, et tous les yeux étaient braqués sur l'estrade.
Ariadne, pâle comme toujours quand elle chantait, attendait le moment de son entrée, pendant une longue ritournelle au piano; son partenaire, sûr de lui-même, scrutait paisiblement les rangs du public et cherchait des visages connus auxquels il répondait par un petit signe et par un sourire, lorsqu'une voix, tout près d'Ariadne, au premier rang des fauteuils contre l'estrade, prononça une courte phrase, qui fit tressaillir la jeune fille:
—Son vrai nom est Ranine; elle a été renvoyée de l'institut pour une intrigue avec un jeune homme...
—Pas possible!... fit une seconde voix.