—C'est comme je vous le dis. Elle est fort belle, mais cela n'empêche rien, au contraire.
Un murmure de désappointement parcourut la salle: Ariadne avait manqué son entrée.
—Eh bien! lui dit le ténor, qu'avez-vous? A quoi songez-vous?
Ariadne se cramponna machinalement à ce qu'elle rencontra, et c'était la main que le ténor avait étendue en la voyant chanceler.
Un grand brouhaha se produisit: la cantatrice se trouvait mal! Tout le monde se leva, et quelques-uns montèrent sur leurs chaises.
Mais l'alarme fut de courte durée.
Ariadne, victime d'un moment de vertige, n'avait même pas perdu connaissance; il lui avait suffi de sentir un appui pour retrouver son sang-froid.
—Je ne m'appartiens pas, se dit-elle, j'appartiens au public, qui a payé pour m'entendre. Je penserai après.
Elle fit un signe à l'accompagnateur, qui reprit les huit dernières mesures, et chanta avec une voix, une âme, un désespoir que personne n'avait encore soupçonnés. La dernière vibration du duo courait encore dans l'air, que toute la salle s'était levée et trépignait en criant: Bravo!
—Ah! mademoiselle, dit le ténor en la ramenant pour la cinquième fois au public enthousiaste, si j'étais femme, je serais jalouse de votre succès!