Dosia sourit gentiment.

--A votre avis, dit-elle, nos sommes donc un peu fous?

--Moi aussi, répliqua le sage Sourof en s'inclinant avec gravité. Voyons, mademoiselle Dosia, ne faut-il pas être tant soit peu hors de son bon sens pour aller danser la mazurka sur cette glissoire où l'on peut se casser un membre ou même la tête, au moindre faux pas?...

--Quand on peut si bien, interrompit Dosia, se casser la jambe ou même la tête sur un beau parquet ciré, en dansant la même mazurka aux sons du même orchestre!

Le frère et la soeur se mirent à rire.

--La danse est une oeuvre de perdition, continua Dosia, avec une gravité imperturbable, nous en voyons la preuve tous les jours. C'est pourquoi le comte Platon ne danse pas et ne patine pas non plus...

On ne sait ce que Platon eût trouvé è répondre, car Pierre vint se jeter au travers de la conversation, ce qui ramena une expression pensive sur le visage de son ami.

--Vous n'avez pas froid, mesdames? demanda-t-il.

On lui répond bien vite que non.

--C'est que le thermomètre baisse. Nous avons déjà dix-huit degrés; et très-probablement, nous en aurons vingt à minuit.