--Nous serons parties avant ce moment-là, dit la princesse.

On leur servait en ce moment du thé brûlant et parfumé qui fut le bienvenu.

Quelques amis s'approchèrent; le quadrille était fini, la foule bigarrée se dispersait, pendant qu'une autre escouade de musiciens remplaçait les premiers et jouait des morceaux d'un caractère plus sérieux.

Les patineurs portaient tous à la boutonnière une petite lanterne ronde, grande comme un écu de cinq francs; et c'était plaisir de voir ces lumières semblables à des lucioles parcourir en tous sens la glace polie. Profitant de ce moment d'accalmie, on arrosa d'eau chaude la surface de la glissoire: une légère buée s'éleva, disparut, et la glace plus unie que jamais présenta un miroir sans rayures.

--Il fait bon aujourd'hui, dit un aide de camp, en s'approchant de la princesse pour lui présenter ses hommages; aussi cette fête est beaucoup plus brillante que la dernière.

--A quoi l'attribuez-vous? demanda Sophie sans penser à mal.

--A votre présence, certainement, princesse, répondit le galant cavalier.

Dosia pinça légèrement le bras de son amie et se détourna pour rire. Le visage de Mourief exprimait une hilarité mal comprimée, et leurs regards s'étant rencontrés, ils eurent quelque peine à ne pas éclater ensemble.

--Sans vouloir décrier les mérites de ma soeur, dit Platon, toujours secourable dans ces moments dangereux, je crois que la température y était pour quelque chose. Quel temps faisait-il alors?

--Pas un souffle de vent, mon cher comte, et seulement vingt-quatre degrés.