Platon devenu pâle soudainement, se mordit les lèvres pour retenir une réponse trop vive; la princesse, qui connaissait son monde, se garda bien de nier d'une façon positive; ces négations énergiques ne fort ordinairement que transformer de simples suppositions en convictions arrêtées.

--Je ne crois pas, dit-elle, cette idée n'est encore venue à personne, que je sache...

Le gros aide de camp se leva pour aller porter ailleurs ses lourdes galanteries et prit congé de la princesse, laissant derrière lui la blessure empoisonnée d'un doute cruel.

Que de fois Platon s'était dit que ces deux jeunes gens devaient s'aimer,--peut-être sans le savoir eux-mêmes;--que de fois il avait pensé que ce serait fort heureux, qu'ainsi l'étourderie de Dosia se trouverait réparés!... Et l'idée de cette réparation le rendait malheureux, cruel avec lui-même, intolérant avec les autres... Fallait-il que sa vie fût désormais gâtée par les fantaisies de cette petite fille?

Et pendant qu'il faisait ces tristes réflexions, les deux cousins passaient et repassaient devant lue, comme deux oiseaux qui volent de concert.

--Platon, je suis fatiguée, lui dit Sophie, qui comprenait sa pensée et désirait y mettre un terme.

Il se leva sans mot dire et fit prévenir leur cocher, puis revient vers sa soeur.

--Dosia! dit doucement celle-ci en se penchant sur la balustrade, eu moment où les patineurs passaient près d'elle.

La jeune fille tourna vers la princesse son visage coloré par le froid, l'exercice et le plaisir. Quelle vivante image de la gaîté insouciante! Et Platon qui souffrait à côté d'elle!

Sans répliquer, Dosia tourna sur elle-même, s'assit sur le banc de bois qui longeait la galerie et tendit à Pierre son petit pied, afin qu'il la débarrassât des patins.