--Mon Dieu! s'écria madame Zaptine, il faut que tu sois bien malade, Dosia, pour avoir maigri comme cela!
Les dix paires d'yeux qui se trouvaient dans la pièce se tournèrent aussitôt vers la jeune fille qui rougit. L'incarnat de la confusion lui rendit un éclat passager.
--C'est la sagesse, maman! dit-elle d'une voix qui voulait être joyeuse, mais qui s'éteignit dans un sanglot.
Elle s'enfuit dans le jardin.
Elle regrette beaucoup de vous quitter, à ce que je vois, dit la bonne madame Zaptine, cherchant à atténuer ce que sa première remarque pouvait avoir de désobligent pour l'hospitalité de la princesse.
--Oui, répondit celle-ci lentement et en réfléchissant; je ne croyais pas que ce regret fût si vif... Je voudrais bien leu lui épargner, et pourtant je ne vois guère...
--Bah! dit une soeur aînée, il faut bien qu'elle s'accoutume à rester à la maison. Nous n'en sommes par sorties, nous autres et cela ne nous empêche pas de nous porter à merveille.
Platon regarda d'une façon peu sympathique celle qui parlait et lui tourna le dos.
--Pauvre petit oiseau! pensa-t-il, la cage va se refermer et lui meurtrir les ailes!
Le lendemain, dès l'aube, Dosia descendit au jardin. Comme tout lui parut changé! C'était pourtant le même jardin; la planche flexible où elle avait séduit son cousin était un peu plus déteinte que l'année précédente, mais les chenilles tombaient avec la même profusion. Dosia évita la balançoire et prit à gauche, dans les taillis de lilas en fleur.