Dosia ressuscitée d'un coup de baguette, monta mettre une robe, et au bout d'un quart d'heure réapparut, coiffée, habillée,--digne, en un mot, de sa nouvelle position de fiancée. On dansa, on joua à colin-maillard; le vieil orgue de Barbarie qui jouait le Calife de Bagdad et Aline, reine de Golconde, fut si bien mis à contribution, que la manivelle en resta dans la main trop zélée de Mourief; enfin, on fit tant de bruit et l'on s'amusa si bien que, jusqu'à l'heure du repos, les soeurs de Dosia n'eurent pas le temps de méditer sur la grande injustice que la destinée leur avait faite ce jour-là.
--Nous nous marierons dans huit jours, dit Platon comme on servait la soupe.
--Comment! comment! cria madame Zaptine, et le trousseau?
--Ce n'est pas le trousseau que j'épouse; nous aurons le trousseau plus tard. Mais nous nous marieront dans huit jours, en même temps que Sophie. N'est-ce pas, Dosia?
--Certainement, fit celle-ci. J'emmène Bayard.
--Quel bonheur! s'écrièrent les soeurs toutes d'une vois.
--Ne vous réjouissez pas trop, fit Dosia en levant l'index d'un air menaçant; sans quoi je vous laisserais mon chien.
On demanda grâce, et il fut convenu que Dosia emmènerait aussi son chien.
En sortant de table, toute la société descendit l'escalier casse-cou, et madame Zaptine, fidèle é une habitude de sa jeunesse, alla s'asseoir sur la balançoire flexible. Depuis trente-huit ans elle venait y faire un peu d'exercice après le dîner pour activer sa digestion.
Elle n'était pas assise depuis une demi-minute que deux de ses filles vinrent l'y rejoindre, puis Dosia, suivie de Platon qui riait, enfin toute la compagnie, è l'exception de Mourief qui, debout, à dix pas, les regardait en fumant sa cigarette.