Les jeunes officiers qui écoutaient ce récit ne se faisaient pas non plus faute de rire. Pierre, très-sérieux, reprit son discours après un court silence.

--Clémentine s'était laissée tomber par terre et riait plus que tous les autres ensemble. Entre deux crises, ma tante, qui n'en pouvait plus, lui criait: Fais donc lâcher pluton!

--Je ne peux pas!... répondait ma fiancée en riant de plus belle.

--Eh bien! lui dis-je, ne vous gênez pas! Quand vous aurez fini...

Et je tentai de m'asseoir aussi sur le gazon; mais Pluton grommelant me tira si énergiquement, que je fus obligé de rester debout. Enfin Clémentine reprit son sérieux et dit à son chien:

--C'est bon Pluton!

L'animal docile, desserra les dents et vint se coucher près d'elle. C'est comme ça qu'elle élevait les bêtes.

Les officiers applaudirent vivement à la péroraison de leur camarade.--Après? après? cria-t-on de toutes parts.

Pierre promena sur l'assemblée et reprit:

--Il n'y eut pas moyen de parler avec elle ce soir-là. D'ailleurs je lui gardait un peu rancune du procédé du chine. J'allai donc me coucher en me promettant de lui faire entendre raison quand elle serait ma femme.