Le lendemain matin, il n'était pas encore sept heures, j'entendis une pluie de sable, mêlé de fin gravier tomber contre mes vitres. Je sautai à la fenêtre, je l'ouvris et j'entendis un éclat de rire s'enfuir au loin sous les grandes allées du vieux jardin. Je fus vite habillé et vite arrivé au fond de ce mystérieux fouillis de verdure... Rien!

Je cherchai dans tous les bosquets, dans toutes les retraites... Rien!

Et de temps en temps un rire argentin me défiait à travers les charmilles.

Enfin, comme je commençais à avoir envie de retourner à la maison prendre mon café,--car j'étais à jeun,--je vis, entre deux alisiers, le visage mutin de ma fiancée. Je bondis vers elle, et, non sans me piquer un peu les doigts, je la saisis par la taille.

Ah! mes amis!... je n'avais pas eu le temps de sentir palpiter son coeur sous ma main, que je reçus...j'en rougis jusqu'à mon dernier jour... je reçus un maître soufflet!

Pierre, penaud, regarda son auditoire, qui manquait absolument de gravité. Le comte Sourof souriait d'un air content.

--Ah! ça vous amuse! reprit le héros de la fête. Eh bien! moi, ça ne m'amusa pas. Ce n'est pas gentil, lui dis-je; est-ce qu'un fiancé n'a pas le droit d'attraper sa fiancée quand elle lui fait des niches?

--Non! me répondit-elle toute rouge de colère; et, si tu recommences, je le dirai à maman.

--Mais ma chère, quand nous serons mariés...

--Eh bien! fit-elle avec un aplomb qui me renversa, ce n'est pas une raison pour être grossier, quand on est marié! Jeu de main, jeu de vilain!