Elle me tira la langue, messieurs; elle me tira positivement la langue et me tourna le dos. Je ne tentai pas de la suivre.

J'étais assis depuis cinq minutes dans la salle à manger, devant ma tasse de café à la crème, bien parfumé, et je savourais avec délices les petits pains au beurre tout chauds qu'on ne fait nulle part aussi bien que chez ma tante... lorsque je vis entrer Clémentine. Nous étions les premiers à cette heure matinale.

Fort grave, encore un peu rouge de sa récente colère, elle s'assit à côté de moi, se fit donner une tasse de café et tira à elle le sucrier. La vieille gouvernante à tête de brebis, qui a vainement essayé d'éduquer toute dette band indisciplinée, poussa un soupir, n'essaya pas de protester et regarda ailleurs. Les doigts de Clémentine fouillaient dans le sucrier d'argent avec de petits tintements très-joyeux;--elle avait mis soigneusement les pinces de côté. Délibérément, elle jeta un morceau de sucre dans sa tasse, puis, du même air tranquille, un autre morceau dans la mienne.

--Mais, cousine, lui dis-je, mon café est sucré.

--Cela ne fait rien, répondit-elle sans se troubler; et deux autres morceaux de sucre tombèrent dans mon pauvre café. Elle remplis sa propre tasse jusqu'à la faire déborder, puis tendit le sucrier vide à la gouvernante. Je commençais à deviner son projet.

--Il n'y en a plus! dit-elle. Allez en chercher, je vous prie.

La pauvre gouvernante poussa un autre soupir--c'était le fond de sa conversation--et sortit avec les clefs.

--Pierre, dit Clémentine, pardonnez-moi!

Je la regardai: elle avait vraiment l'air sérieux.

--Je ne vous en veux pas, lui répondis-je, à condition que vous ne recommencerez pas.