Un cri d'admiration partit de toutes les bouches, aussitôt contenu par le respect, et, une demi-minute après, un coup de canon--canon de poche, s'entend,--annonça que le jeune vainqueur recevait, au son des fanfares, le prix de sa hardiesse.

--Ce n'est pas étonnant, grogna un pessimiste, quand on est né grand amiral de Russie...

--Encore faut-il le devenir répondit un optimiste.

La musique militaire exécuta une marche joyeuse, et la seconde course commença.

Il faisait beau, trop beau, car le soleil réverbéré sur le miroir du lac, était aveuglant malgré les ombrelles de soie. Dosia seule avait l'air de ne pas s'en apercevoir; elle absorbait le spectacle qui lui était offert, avec toute l'avidité d'une jeune plante qu'on arrose.

--Je voudrais bien avoir gagné le prix! dit la jeune fille à la princesse, sa voisine.

--Pour avoir la coupe d'argent? lui demanda celle-ci.

--Non; pour avoir eu à donner ce coup de barre. C'était un joli coup de barre, droit comme un I. Ce doit être amusant: il faudra que j'aie une péniche à la campagne.

--Pourquoi pas un bateau à vapeur? murmura Pierre à l'oreille de sa cousine.

Celle-ci se retourna, les yeux pleins d'éclairs, et fit un imperceptible mouvement. Certes, trois mois plus tôt, Pierre n'aurait pas évité l'affront d'un soufflet public:--mais Dosia semblait s'être modérée depuis leur dernière et orageuse entrevue. Il en fut quitte pour la peur, et un petit mouvement de recul qu'il n'avait pu retenir;--ce que voyant, Dosia se mit à rire, suffisamment vengée.