Les régates se succédèrent et finirent par se terminer à la satisfaction générale. Aussitôt, pendant que la famille impériale retournait au palais, le lac se couvrit de promeneurs; les embarcations, délaissée pendant l'été, redevenaient à la mode, à partir des régates, et l'on se les serait disputées, sans l'extrême courtoisie de ce bonde bien élevé.

La princesse se procura pour elle et sa compagnie la grande pirogue, qui contient une douzaine de personnes; les jeunes gens prirent les rames, la princesse et Dosia les imitèrent, et la joyeuse société se promena bientôt et à travers sur les ondes ridées par une aimable brise.

--Mon Dieu Pierre, que tu rames mal! s'écria Dosia impatientée.

S'apercevant que, fidèle à son habitude d'enfance, elle avait tutoyé son cousin, elle se troubla légèrement.

--Que vous ramez donc mal, mon cousin! reprit-elle en contralto, avec une gravité qui fit rire toute l'assistance.

--Très-chère et très-honorée cousine, repartit Pierre, tout le monde n'a pas comme vous, des dispositions aussi brillantes que naturelles pour les exercices spéciaux aux jeunes garçons.

Dosia le regarda de travers, et, remettant la pirogue dans sa route d'un vigoureux coup de rame:

--C'est vrai, dit-elle j'aurais dû être un garçon! Comme ç'aurait été amusant! Quand je pense qu'on m'aurait ordonné tout ce qu'on me défend! Ça n'est pourtant pas juste!

L'hilarité reprit de plus belle. Malgré un grand mal de tête qu'il avait attrapé à regarder le soleil sur le lac, Platon lui-même ne put réprimer un sourire. Dosia se pencha sur don aviron et fit voler la pirogue de façon à rendre sérieuse la tâche de ceux qui la secondaient.

--Halte! dit-elle au bout d'un moment.