--Cela m'est bien dû, répondit le jeune homme; car, jusqu'à cette année, la destinée n'avait encore rien mis à mon actif!

Les préparatifs s'accomplirent avec la célérité qu'ont à leur service les heureux de ce monde, et la veille des noces arriva bientôt.

Le soir avant de s'endormir Dournof parcourut l'appartement où il ne devait plus être seul; une bougie à la main, il s'arrêta devant chaque meuble chaque rideau, inspectant tout, et se faisant, par avance, l'image de ce que Marianne allait mettre là de joie et de grâce.

Rentré dans son cabinet, il aperçut le portrait d'Antonine, toujours placé sur son bureau. Depuis longtemps, ce beau visage régulier et sévère était caché à ses yeux par un journal, une lettre, un papier quelconque, négligemment jeté en travers du cadre. Il y avait au moins huit jours que le portrait n'avait attiré les yeux de Dournof.

Il se reprocha ce semblant d'ingratitude, et voulut ramener ses pensées vers la jeune fille..., mais l'effort était trop pénible.

--Je ne puis cependant pas se dit-il, laisser ce portrait à cette place! Marianne aurait le droit d'en être choquée.

Après avoir hésité un moment, il prit le cadre d'ébène, l'essuya et le mit sur le secrétaire, la face contre le marbre, afin de le ranger sur le champ; mais il n'avait pas ses clefs sur lui; il remit ce soin au lendemain, et passa dans sa chambre à coucher.

La, le visage de Marianne, décolletée et couronnée de liserons, lui souriait dans son cadre doré, sur la table auprès de son lit. Il le prit, et posa ses lèvres sur l'image souriante.

--A demain, ma femme, dit-il en souriant.

A peine était-il couché, qu'il crut entendre un léger bruit dans la pièce voisine. Il appela; mais nul ne répondant, il crut s'être trompé. Le lendemain, cependant, quand il chercha le portrait d'Antonine, il ne le trouva point. Dournof voulait s'en informer à la Niania, mais cette journée était si courte, pour tout ce qu'il fallait faire, que le moment favorable ne se trouva point.