Le soir venu, après un mariage splendide, célébré à la chapelle du ministère, Dournof emmena chez lui sa jeune épouse, éblouissante de joie et de beauté.
L'appartement, somptueusement éclairé, plein de fleurs, lui parut charmant. Le jeune homme ne pouvait en croire ses yeux, en voyant traîner sur le tapis de son cabinet la jupe de soie blanche, semée de fleurs d'oranger, qui se drapait autour de Marianne.
Il lui présenta sa maison. La Niania, toujours sévère, avait quitté le deuil par circonstance. Elle salua profondément sa nouvelle maîtresse, qui lui mit amicalement la main sur l'épaule, en la complimentant. Après quoi, les domestiques furent congédiés, et Dournof entraîna sa femme dans leur appartement spécial.
Quand les battants de la chambre nuptiale se furent refermés sur eux, la Niania regarda quelque temps cette porte, voilée par de grands rideaux sombres, puis, secouant la tête, elle alla chercher le portrait d'Antonine, qu'elle avait caché derrière de vieux cartons, et le mit sur le bureau.
--Pardonne, toi qui es au ciel, dit elle, pardonne! Quand il sera malheureux, c'est à toi qu'il reviendra.. Sainte martyre, pardonne à l'homme faible, qu'une femme a ensorcelé.
Elle baisa le portrait, le remit dans sa cachette, éteignit les bougies et se retira.
XXIV
Un an s'était écoulé depuis le mariage de Dournof, lorsque, par une pluvieuse matinée de printemps, la Niania s'entendit appeler; c'était la voix de son maître, plus brève et plus émue que de coutume. Elle se leva du coffre qui lui servait de siège, dans la vaste pièce dénudée, nommée chambre des filles de service, qui, dans toute maison russe un peu importante, communique avec la chambre de la maîtresse de la maison; le regard anxieux qu'elle leva sur son maître reçut en réponse un:
--Vite, allons vite! auquel elle se hâta d'obéir.
Ils entrèrent tous deux dans la chambre de Marianne, et Dournof chancela sur ses pieds en voyant le docteur lever dans ses bras un enfant nouveau-né.