--J'ai à vous parler.
Ils s'arrêtèrent près du puits. Ce puits, dont la margelle était haute de trois pieds environ, était construit avec de grosses poutres de sapin à peine équarries, enchevêtrées les unes dans les autres; l'eau venait presque à fleur de terre, et un seau de bois noirci par un long usage y flottait au milieu des feuilles jaunies des bouleaux que les vents d'automne y jetaient par tourbillons. La perche à contrepoids qui sert à relever le seau se perdait dans les branches basses des arbres, la haie du jardin haute et drue faisait un fond de verdure de cette construction rustique; l'herbe poussait là plus épaisse que partout ailleurs. A cette heure, personne ne venait au puits: à dix mètres des maisons, l'endroit était aussi solitaire que le fond d'un bois.
Antonine sentait battre son coeur, et craignait que Dournof n'en entendit les battements, tant ils lui semblaient terribles. Il resta un moment devant elle, la regardant, cette fois, de tous ses yeux.
--Vous êtes une demoiselle riche, commença-t-il.
--Je ne suis pas riche, interrompit vivement Antonine.
--Vous n'êtes peut-être pas riche pour votre monde, mais vous êtes riche en comparaison d'un petit fils de prêtre, qui n'a aucune fortune. Votre famille est de bonne noblesse.
Antonine allait parler, il fit un geste, elle se tut.
--Je suis de naissance obscure, puisque, je viens de vous le dire, mon grand-père était prêtre. Mon père était un pauvre gratte-papier dans une administration de province; il a acquis la noblesse héréditaire par ancienneté, et voilà pourquoi je puis mettre une couronne sur mon cachet...
Il souriait avec une certaine expression qui fit aussi sourire Antonine.
--Cela n'empêche pas que...