Il se tut et regarda Antonine qui, loin de détourner les yeux, leva sur lui son visage empourpré. Dournof alors étendit sa large main, élégante de forme, mais grande et lourde; la jeune fille y mit la sienne, sans hésiter, mais avec une gravité recueillie.
--Je crois, reprit Dournof, que nous suivons le même chemin tous les deux; j'ai idée de faire quelque chose... Je ne sais pas encore ce que je ferai, mais je crois bien que ce sera une oeuvre utile: voulez-vous m'aider? Non pas lorsque les chemins seront frayés et que la route sera facile, mais pendant les années de découragement et d'épreuve; lorsque je serai accablé de railleries, pendant que je suis pauvre et obscur, pendant que personne n'a foi en moi, excepté votre frère, qui a en moi une confiance absolue. Voulez-vous me donner du courage quand j'en manquerai, et de la joie toujours?
La main qui tenait celle d'Antonine tremblait un peu, malgré l'effort visible de Dournof pour paraître calme. Antonine regarda le jeune homme et répondit:
--Je le veux.
--Pensez-y bien, reprit-il avec émotion contenue dans la voix, je ne puis vous offrir à présent ni un toit, ni du pain... Je ne puis vous demander à ceux de qui vous dépendez que lorsque je me serai assuré de quoi vivre.
--Vous disiez tout à l'heure, interrompit Antonine, que j'ai quelque fortune...
--Précisément assez pour que je ne puisse prétendre à vous que si je vous apporte l'équivalent de ce que vous possédez. Que vous donnera-t-on en dot?
--Trente mille francs, répondit la jeune fille sans s'étonner de cette question.
--Eh bien, il faut que j'aie une place qui me rapporte au moins le revenu de ce capital. C'est peu de chose, ajouta-t-il avec son large sourire, et je l'aurai bientôt une fois que j'aurai passé ma licence. Mais il faut attendre, et cette place ne sera qu'un acheminement vers autre chose. Les années de travail et d'épreuve seront longues...
--J'attendrai, dit Antonine sans trouble.