--Niania, dit Antonine après un moment de silence, il faut que je voie Dournof.

--Eh bien, ma beauté, chez madame Frakine ce soir!

--Je n'irai pas chez madame Frakine, ma mère craint que je ne l'y voie. Niania, reprit Antonine en se redressant et en regardant sa vieille bonne, je veux voir Dournof aujourd'hui.

--Où, seigneur Dieu? Comment? s'écria la Niania en levant les bras au ciel.

--C'est mon affaire, dit Antonine en continuant à la regarder avec autorité. Va dire à ma mère que je désirerais aller aux vêpres ce soir.

--Aux vêpres? c'est une bonne pensée, ma chérie; la prière calmera ta pauvre petite âme affligée; j'y vais tout de suite.

Au bout d'un instant, la Niania revint, apportant la permission demandée. L'heure des vêpres n'était pas bien éloignée. Antonine dépouilla son costume de fête; elle arracha de sa tête avec colère le ruban rose que sa mère y avait mis, et frotta longtemps la place où les lèvres de Titolof avaient touché sa main. Puis elle attendit sa Niania.

Vers sept heures, celle-ci apparut, dûment encapuchonnée, portant la pelisse de sa jeune maîtresse, qui s'en revêtit sans perdre de temps. Elles sortirent toutes deux et firent quelques pas; mais au premier tournant, la Niania arrêta Antonine par la manche.

--Tu te trompes de chemin, ma chérie: l'église est par ici.

--Nous irons à l'église plus tard, dit Antonine. Suis-moi.