La Niania fit quelques pas; elle était obligée de courir presque pour marcher de concert avec la jeune fille.

--Ma beauté, ma petite chérie, où vas tu? demanda-t-elle avec crainte.

--Tu as dit que tu donnerais ton salut éternel pour me sauver, répondit Antonine; suis-moi sans rien demander de plus.

La Niania baissa la tête et ne souffla plus mot.

Antonine traversa deux ou trois rues populeuses, pénétra dans une ruelle sombre, et sans hésiter,--elle avait pris plaisir à passer tant de fois devant cette maison pendant son hiver solitaire!--elle entra dans une maison simple et propre; elle monta un escalier de pierre, et au second elle sonna d'une main vigoureuse. La porte s'ouvrit, un rayon de lumière tomba sur le visage d'Antonine qui avait rejeté son capuchon.

--Antonine! Dieu t'envoie! sois bénie! cria la voix de Dournof, et sans plus rien dire, il emporta la jeune fille dans ses bras.

La Niania referma soigneusement la porte et les suivit dans le salon.

VII

Le petit salon où Dournof avait entraîné sa fiancée était une pièce maussade, comme tous les garnis. Quelques plantes à feuillage vivace sur l'appui intérieur des fenêtres essayaient, mais en vain, de lui donner une apparence joyeuse. Un petit bureau, surchargé de papier; un gros tas de livres et de dossiers sur le parquet, un verre de thé à moitié vide sur un coin de table: tel était l'appartement du jeune homme.

Mais en ce moment Dournof planait au-dessus des misères terrestres: Antonine serrée contre son coeur, il ne sentait plus ni l'injure, ni la colère; il avait une foi absolue en celle qui venait si naïvement à lui comme à son consolateur.