Ils restèrent ainsi pendant une minute, sans songer à échanger une caresse; la Niania, restée debout près de la porte, les regardait et pleurait silencieuse ment; l'énergie avec laquelle cette rencontre avait été cherchée, le transport qui l'accueil fait, lui prouvait combien l'amour qui unissait les jeunes gens était sérieux et profond.
Enfin, Dournof relâcha son étreinte, et présenta une chaise à Antonine. Le divan était encombré de papiers comme tout le reste; il en repoussa quelques-uns, se fit une petite place et s'assit en face de la jeune fille. La Niania resta debout; depuis qu'elle savait se tenir sur ses jambes, elle ne s'était jamais assise en présence des maîtres.
--Je suis venue, dit Antonine d'une voix tremblante, parce que je voulais absolument vous parler; ma mère vous a offensé, je viens vous en demander pardon.
Dournof fit un geste d'indifférence. Il se souciait bien peu des offenses des autres, aussi longtemps qu'il serait aimé d'Antonine!
--Nous ne pourrons plus nous voir, continua la jeune fille; ma mère a déclaré que je ne sortirais plus sans elle; j'ai dit ce soir que j'allais à vêpres... C'est bon pour une fois.
Elle se tut. L'idée de ne plus voir Dournof était si douloureuse, qu'elle lui faisait oublier l'autre danger,--le mariage qu'on voulait lui infliger.
--Mais d'où vient tout cela? demanda le jeune homme.
--Titolof m'a demandée en mariage, dit-elle en levant les yeux sur lui.
--Eh bien?
--Et ils m'ont accordée.