--Vois-tu, ma chérie, tu seras très-heureuse, vous partirez pour N...
--Partir? fit Antonine avec effroi. Elle avait cru jusque-là que Titolof devait rester à Pétersbourg.
--Eh bien! A quoi penses-tu, que tu ne le sais pas? Nous ne parlons que de cela depuis quinze jours!
Hélas! c'était vrai, mais Antonine n'écoutait jamais ce qui se disait entre ses parents et son futur: leurs paroles étaient pour elle un bourdonnement monotone, qui servait d'accompagnement à ses pensées. Cette idée de départ lui donna le dernier coup.
--Je ne veux pas vous quitter, chère maman! Mon père est vieux, il m'aime; voulez-vous lui faire le chagrin de ne plus voir sa fille?
Elle fit ce qu'elle n'avait jamais fait, elle baisa les mains de sa mère, pleura, supplia...
--Vois-tu Nina, dit enfin madame Karzof émue, si ce n'était pas aussi avancé, j'aurais repris notre parole; mais à présent ton mariage est annoncé, tout le monde serait trop surpris; ton trousseau est fait, les cartes d'invitation sont prêtes, il n'y a plus que ta robe de noce à essayer... C'est impossible ma chère enfant, réfléchis toi-même!
Antonine quitta sa posture suppliante.
--Vous le voulez? dit-elle d'une voix tremblante; soit, mais vous vous en repentirez amèrement.
--Des menaces? s'écria madame Karzof. Et moi qui regrettais ce mariage tout à l'heure! Qu'on est sot de croire à ce que nous disent les enfants! Niania, dit-elle à la bonne qui rentrait, mets-lui des noeuds roses, et tâche qu'elle soit jolie, bon gré, mal gré.