--Mes parents, dit-elle, ne me permettent pas de les mettre avant que je sois mariée, parce vait que je ne suis qu'une fille de paysan; mais quand je serai la femme d'Afanasi, je mettrai les robes européennes pour m'habiller comme une dame.
Pendant qu'elle me montrait toutes ces choses, je pensais que vraiment elle était une riche promise! Elle était aussi bien plus jolie que moi; elle avait une grande natte qui tombait presque aussi bas que les tiennes, ma fille chérie, car tu sais que nos jeunes filles réunissent tous leurs cheveux en une seule natte. Je me dis que j'étais folle d'avoir pu prétendre à l'amour d'Afanasi, lorsqu'une si belle fille avec tant de richesses ne se trouvait pas trop bonne pour lui.
--Y a-t-il longtemps qu'il te fait la cour? lui demandai-je avec une petite espérance qu'elle me répondrait que non.
--Il y aura un an vienne l'assomption de la Vierge, dit-elle d'un air triomphant.
Tout l'hiver et tout le printemps! Il m'avait courtisée comme on cueille une petite fleur sur la route, qu'on jette au bout d'un instant en pensant à autre chose; il m'avait trouvée assez jolie pour me le dire, et si j'avais été moins sage, il aurait profité de ma folie et de mon aveuglement! Heureusement Dieu et mon ange gardien m'avaient protégée! Et puis on est raisonnable quand toute sa vie on a eu la peine et la fatigue de huit enfants sur les bras!
--Eh bien, je m'en vais, dis-je à Paracha en me levant.
--Déjà? où vas-tu?
--Chercher des écrevisses à la rivière.
--Et toi, me dit-elle tout à coup, est-ce que tu ne te marieras pas bientôt?
Je ne sais quel démon me poussa à relever fièrement la tête.