--J'espère bien que si! répondis-je: je t'inviterai à ma noce!
--Et tu viendras à la mienne, dit Paracha en me reconduisant jusqu'au seuil du moulin.
Je m'en allai bravement sous le soleil de midi, en faisant mine d'être joyeuse; mais quand j'eus atteint le trou aux écrevisses, je n'eus pas le courage de me mettre à en chercher, je m'assis sur l'herbe molle et verte, si épaisse au bord de l'eau où jamais ne passe personne, et je pleurai tant qu'il y eut des larmes dans mes pauvres yeux. Quand je fus bien fatiguée de pleurer, je me rajustai, je lavai mon visage bouffi à l'eau de la rivière toujours froide en cet endroit ombragé, et je m'en revins avec mon panier vide.
Il fallait repasser par devant le moulin; je marchai vite pour que Paracha en m'apercevant ne fût point prise de l'idée de me demander si j'avais fait une bonne pêche. Je passai sans encombre, mais à peine avais je fait quelques centaines de pas sur la route que je vis Afanasi. Il s'en allait au moulin à grandes enjambées, avec l'air content qu'il avait d'habitude. En me voyant, il parut un peu étonné, mais souriant aussitôt:
--D'où viens-tu, ma jolie fille? me dit-il d'un air aimable.
--Du moulin, lui répondis je. Je te fais mon compliment, Afanasi, tu épouses une belle fiancée, et assez riche pour que tu puisses l'emmener se pavaner à la ville. Tu as raison, puisqu'elle eut de toi!
Je fis un pas pour continuer ma route, mais il me retint par la main.
--La noce n'est pas faite, dit-il d'un air rusé, et qui prétendait m'en faire comprendre long.
Je sentis tout le sang me bouillonner dans les veines.
--Honte, m'écriai je, honte à toi! tu te joues des jeunes filles; tu n'es qu'un vil menteur, un hypocrite, et si j'ai un regret, c'est d'avoir jamais regardé ton visage de lâche et écouté tes paroles de traître. Laisse-moi!