--Et le jeune homme, reprit 'a Niania, qu'allez-vous dire au jeune homme? C'était à lui que le Seigneur destinait Antonine, puisque leur amour était réciproque, et vous avez désuni ce que Dieu lui-même avait uni.
--Si Antonine vit, je jure qu'il l'aura! sanglota madame Karzof.
--Je le jure! répéta fidèlement son mari.
La sonnette retentit.
--Va ouvrir, Niania, dit madame Karzof, et si ce sont des étrangers, dis que nous n'y sommes pas.
La Niania ramenée à son rôle de servante, s'en fut humblement ouvrir la porte. C'étaient Jean et Dournof. Elle les fit entrer dans le cabinet et alla prévenir les époux.
--Déjà! dit madame Karzof.
Elle ressentait une sorte de terreur à la pensée de paraître devant Dournof. Il lui semblait que ce jeune homme allait lui demander compte de la vie de sa fille... Enfin, séchant ses yeux et composant son visage, elle entra. Dournof se leva à son aspect et se tint debout, d'un air froid et respectueux. Madame Karzof voulait l'intimider, et lui faire sentir que, s'il rentrait dans la maison, c'était par la force des choses; mais à la vue de ce visage connu, auquel elle avait fait bon accueil pendant tant d'années, elle n y tint pas, et se jeta à son cou en disant:
--Tâchez qu'elle vive, et tout, tout est à vous!
--Je ne veux qu'Antonine seule, madame, répliqua le jeune avocat.