Philippe sortit, le coeur gros de n'avoir pas pu dire adieu à Catherine. Il la trouva assise à terre, le long du mur de la ruine.

Elle l'attendait, rêveuse, un peu triste et fâchée de ne trouver à sa tristesse d'autre cause que le départ de ce jeune homme, inconnu si peu de temps auparavant. Elle se leva à sa vue.

Il faisait tout à fait nuit, mais le ciel était clair et les étoiles brillaient. La jeune fille était enveloppée d'un petit châle qu'elle avait relevé sur sa tête, à la manière des servantes russes.

--Adieu, Catherine Ivanovna, lui dit-il en s'inclinant devant elle.

--Vous m'avez reconnue malgré l'obscurité? lui dit-elle tout heureuse.

--Certainement! Est-ce qu'il y a quelqu'un qui vous ressemble?

Catherine rougit, mais l'obscurité lui rendit l'assurance.

--J'étais partie parce que je pensait qu'il y avait quelque secret...

--Non, ce n'était pas un secret...; mais le temps passé n'était pas bon pour nous autres paysans: vous savez..., mon père a quelque rancune...

--Vous autres paysans!... répéta Catherine étonnée. Puis, réfléchissant un peu:--C'est vrai, ajouta-t-elle tristement.