--Tu aimes me Bagrianof? reprit-il avec rage; la race maudite ne cessera donc pas de nous poursuivre? Ce n'est pas vrai, dis? Tu ne l'aimes pas?
--Je l'aime, et je lut ai demandé d'être ma femme, sauf votre bon vouloir, mon père.
--Elle a consenti? dit Savéli les dents serrées par la colère.
--Elle a consenti.
--La race maudite! la race maudite! répéta le malheureux colporteur. Je ne veux pas, reprit-il après un court silence. Tu n'auras pas ma bénédiction.
--Sa race est peut-être maudite, dit Philippe toujours debout, les yeux étincelants, mais Catherine est un ange envoyé par Dieu pour racheter les fautes de sa race; vous ne la connaissez pas, mon père; ceux qui la connaissent ne peuvent que l'aimer et la bénir. Laissez-vous toucher, oubliez votre haine, pardonnez!...
--Pardonner! s'écria Savéli hors de lui. Pardonner, moi!... ne me parle pas, ajouta-t-il, rentrant en lui-même; ne me parle plus jamais de cela, tu n'auras pas mon consentement.
Philippe regarda son père; cette obstination, cette haine endurcie quî foulaient son bonheur aux pieds lui parurent si déraisonnables, si inhumaines, qu'oubliant le respect et l'admiration de sa jeunesse, il fit un pas en arrière pour se retirer.
--Vous pouvez me refuser votre consentement, dit-il d'une voix étouffée, et moi... je puis m'en passer.
--Toi? toi? fit Savéli, le bras levé pour frapper... Il laissa retomber son bras. C'est vrai, dit-il à voix basse, on peut se passer du consentement du père. Mais tu ne peux pas épouser une Bagrianof, tu ne le peux pas, répéta-t-il avec force. Non! Dieu lui-même interviendrait pour t'en empêcher.