--Il m'a dit de vous le demander, continua Philippe, le coeur serré par l'angoisse devant ce silence qui l'effrayait.--Suis-je maudit? Est-ce moi qui ai commis un crime? Est-ce Catherine? Est-ce mon père? Répondez, car, moi aussi, je deviendrai fou!
Serrant ses mains jointes et crispées sur ses yeux dilatés par l'angoisse, Philippe se laissa tomber à genoux sur le sable.
--Puisque votre père veut que je parle, je parlerai, dit le prêtre à regret. Que Dieu m'inspire et ne fasse sortir de ma bouche que des paroles de vérité!
Il se leva et fit le signe de la croix.
--Bagrianof, dit-il, était un homme méchant. Votre père aimait une jeune fille de ce village...
--Ma mère? interrompit Philippe.
--Non, une autre jeune-fille; votre père était fier, son sang bouillait dans ses veines. Bagrianof le trouva insolent et voulut le faire soldat. Sa jeune fiancée alla demander sa grâce... et l'obtînt, mais à quel prix! Un sortant, elle rencontra son fiancé; ne pouvant supporter sa vue, elle alla se jeter à la rivière; là.--ajouta le prêtre indiquant du doigt la place ou Fédotia avait disparu.
Philippe suivit son geste d'un oeil morne.
--Que Dieu ait pitié de son âme, reprit le confesseur, ce fut son seul péché. Le père et le fiancé jurèrent de la venger; et, la nuit qui suivit les funérailles... la maison de Bagrianof brûla.
Philippe frissonna de tout son corps et couvrit son visage de ses mains.