--Oh! mon père, dit-il d'une voix sombre, mon père tant aimé tant honoré, dont j'avais fait mon héros, mon idole! mon père a versé le sang...
Il resta muet d'horreur à cette parole sortie de ses lèvres.
--Mais Dieu a pardonné, vous avez parlé, père Vladimir, le péché est effacé, la miséricorde divine est infinie...
--Le fils de Savéli ne peut pas épouser une Bagrianof, répondit lentement le prêtre. De quel nom les fils de Catherine salueraient-ils le père de Philippe? Veux-tu que le sang de la victime et celui du meurtrier se mêlent dans tes enfants?
Philippe gémit sourdement. Sa jeunesse écroulée l'écrasait sous le poids de sa ruine. Il avait vécu dans un rêve d'amour, ouvrant son âme au chaud soleil de la tendresse, et voilà que la nuit du crime paternel allait peser éternellement sur lui coupable seulement d'être le fils du criminel... L'horreur même de la situation lui rendit des forces. Il se leva, et regardant le prêtre:
--Que dois-je faire, père Vladimir? dit-il d'une voix brisée.
--Ce que te conseillera ton coeur, répondit le prêtre ému jusqu'aux larmes à la vue de cette infortune imméritée.
--Mon coeur? répéta amèrement Philippe, je n'ai plus de coeur; j'ai des devoirs à remplir, voilà tout ce qui me reste. Que dois-je faire?
Le prêtre se taisait...
--Quitter Catherine, n'est-ce pas? renoncer à l'amour, renoncer au mariage, de peur que le crime... Je ne peux pourtant pas dire le crime de mon père! s'écria le jeune homme au désespoir.