--Bonjour, seigneur, dit-elle de sa voix mélodieuse.
Et elle continua sa route, étonnée de sa propre audace; mais ne fallait-il pas se rendre propice le maître dont tout dépendait? Bagrianof la suivit des yeux le long de la haie du jardin.
--La voilà grandelette, se dit-il à lui-même. C'est une jolie fille.
La matinée parut longue à Fédotia. La rencontre du seigneur terminait pour elle une série de présages heureux; il lui tardait d'accomplir le projet qu'elle avait formé pendant la nuit. Enfin le repas de midi terminé, la poterie et les cuillers de bois soigneusement lavées et remises en place, le vieux Iérémeï sortit, et la fillette se trouva libre. Elle retira aussitôt d'une petite boîte son peigne et son mouchoir des dimanches; elle lissa soigneusement ses cheveux, noua son mouchoir sous son menton, croisa sa camisole ouatée sur sa poitrine, mit des souliers à la place des brodequins de tille qu'elle portait habituellement, et sortit, le coeur palpitant comme un oiseau qui vient de prendre sa volée.
--Où vas-tu, Fédotia? lui cria la première paysanne qui la vit passer. Ton Savéli n'est pas par là, il est à l'autre bout du village, chez Procofi, où l'on prépare le lin.
--Je ne cherche pas Savéli, répondit la jeune fille.
--Où vas-tu donc si pimpante?
--A mes affaires! dit triomphalement Fédotia; et elle se mit à courir pour revenir plus vite.
En entrant dans la cour de la maison seigneuriale, elle eut peur. Les chiens vinrent rôder autour d'elle; la grande enfant eut presque envie de s'en retourner...; mais un domestique qui l'avait aperçue l'attendait sur le seuil de la cuisine: elle n'osa pas reculer.
--Peut-on voir le maître? dit-elle au domestique en s'approchant.