La lampe était allumée dans la pièce du rez-de-chaussée qui nous servait de salle à manger, et Suzanne nous attendait, debout auprès de la table. La soupe fumait dans une grande soupière, l'argenterie brillait sur la nappe à côté des assiettes en terre commune, et le tout avait un air de bonhomie et de contentement rural indescriptible.

--Il y a du mieux depuis que je ne suis venu ici! dit Maurice en regardant autour de lui. Mon logis de garçon pour tenture n'avait guère que des toiles d'araignée.

Nous nous mîmes à table, plus heureux que nous ne l'avions été depuis que nous avions quitté la cousine Lisbeth. L'heure venue, je conduisis Maurice à la chambre que lui cédait notre vieux Pierre.

--Voilà tout ce que je puis vous offrir, dis-je à notre hôte.

--Je ne suis pas accoutumé à tant de luxe, répondit-il en riant.

Après l'avoir quitté, je retournai vers Suzanne, qui regardait la lune briller sur la mer, assise à sa fenêtre.

--Quel événement! lui dis-je quand je fus près d'elle.

--C'est incroyable! répondit-elle, et pourtant cela devait arriver. Je ne comprends pas comment nous n'y avions pas songé!

--Le mal n'est pas grand, repris-je; Vernex est un brave coeur, et, en somme, je suis bien aise qu'il soit venu.

--Moi aussi, murmura Suzanne.