--Oui, répondit-elle, M. de Lincy tient à ce que nous assistions à l'office pour donner le bon exemple.
La drôlerie d'instinct, qui ne pouvait la quitter longtemps, glissa un éclair de malice dans ses yeux, et elle rit un peu.
--Cela t'amuse? lui dis-je, heureux de la voir gaie.
--Oui et non, dit-elle. Par exemple, le sermon m'endort infailliblement, et M. de Lincy n'aime pas ça...
--Tant pis pour lui, m'écriai-je. Il m'ennuie, à la fin! Que le diable...
Suzanne me pressa doucement le bras:
--Père, dit-elle, c'est mon mari.
Sa voix avait pris un timbre grave, son jeune visage s'était revêtu tout à coup d'une noblesse bien au-dessus de ses années. Je la regardai surpris et je me tus.
--C'est mon mari, reprit-elle; il n'est pas parfait, mais tel qu'il est... c'est mon mari, enfin, dit-elle pour la troisième fois.
Je sentis le feu d'une rage intérieure parcourir tout mon être. Ce butor était son mari, grâce à moi! Un homme qui faisait le magister et qui parlait en maître à ma Suzanne, après quinze jours de mariage!