Philippe alla vers elle et s'assit sur un siège bas, à ses pieds. Il prit le livre, le tint quelques minutes sans l'ouvrir, semblant le contempler.
—Pourquoi lire? Parlez encore, madame... J'aime tant le son de votre voix!...
—Quel gamin vous êtes!... il est quelconque, le «son de ma voix», comme vous dites pompeusement. Croirait-on que de pareils enfantillages éclosent dans un cerveau qui paraît si grave, si pondéré, si sage? Allons, soyez obéissant, monsieur; lisez.
—J'obéis.
Il ouvrit alors le livre au milieu, dans un beau dédain de l'ordre voulu par l'auteur, sans se soucier de la page où la jeune femme avait arrêté sa lecture, et, se recueillant un moment, il lut.
C'était une étude de femme, une longue description du charme, des séductions de l'héroïne du roman. Cela montait comme un hymne d'amour, une ardente litanie, en progression passionnée. Magda, les yeux mi-clos, écoutait, bercée.
Lorsqu'il s'arrêta, elle dit:
—Voilà une énumération très intéressante, mais bien invraisemblable; une femme si étrangement charmeuse peut-elle exister?
—Elle le peut; le tout est de savoir découvrir et apprécier sa haute valeur.
—Vous connaissez des femmes qui, même de loin, approchent de cette idéale perfection, à la fois si divine et si humaine?