Alors, avec l'humble et sublime lâcheté de l'amour, il murmura:

—C'est le portrait de celle que j'aime.

Il dit cela très bas, d'une voix émue, la tête inclinée sur le livre dont la couverture jaune pâle paraissait lui brûler les yeux.

Magda, étonnée, se dressa à demi; Philippe était si jeune! Elle n'avait pas encore songé qu'il pût aimer sérieusement.

—Pauvre enfant! dit-elle.

Et elle le regarda. Le visage pâle du jeune homme lui sembla encore plus pâle; ses paupières s'étaient baissées, ses narines vibraient, ses lèvres bien dessinées, fortes et rouges, à peine voilées par une fine moustache noire, se contractaient douloureusement. Il lui apparut si homme tout à coup, qu'elle s'étonna de ne l'avoir pas encore remarqué. Elle se trouva gênée subitement de l'abandon de sa pose, d'être étendue si près de lui. Doucement, en un geste plein de grâce pudique, elle posa ses pieds par terre et se tint debout.

Il se leva, lui aussi, et secouant la torpeur qui l'avait une minute envahi, alla s'asseoir au piano et chanta. Sa voix de baryton, chaude, vibrante, emplit le salon d'une large harmonie. Magda s'en trouva enveloppée comme d'une caresse. Frémissante, et dans une similitude d'émotions, il lui parut que cette vague confidence détruisait la réserve conventionnelle qui existait entre eux. Elle se sentait près du foyer de ce jeune cœur qui allait souffrir comme le sien avait autrefois souffert. Elle s'avança vers Montmaur et, lui posant la main sur l'épaule:

—Philippe, je vous plains... Vous aimez... Comme vous allez souffrir, mon enfant!

Sous la douceur de cette faible pression il frissonna, et, attirant à lui la main caressante, il la baisa. Des larmes coulèrent sur les doigts fins et nerveux de Magda.

Ils restèrent ainsi un moment émus. Elle entendit des pas s'approcher... Délicatement, détachant sa main de la main de Philippe, elle maîtrisa l'émotion qui unissait les battements de leurs cœurs et dit dans un sourire: