Elle chercha depuis quand cette pensée avait pu hanter le cerveau de Philippe et découvrit que cela était impossible à fixer... Si parfaitement impossible que le doute l'envahit; elle finit par conclure, de très bonne foi:

—Ce serait perdre le sens commun, être folle, que de s'arrêter à de pareilles idées. Non... lui si jeune, toujours si discret, si correct, ne songe pas à moi.

Elle s'endormit sur cette pensée en se promettant d'être froide avec Philippe afin d'éviter de nouvelles confidences, comme celle du soir même qui venait de si fort l'impressionner.

Le lendemain était un dimanche.

Au fond du parc s'élevait une petite chapelle où mademoiselle de Presles, fort pieuse, avait obtenu qu'un prêtre vînt dire la messe. Peu d'amis étaient conviés à y assister. Le monument contenait en tout une trentaine de prie-Dieu et de fauteuils, puis quelques bancs de chêne pour les serviteurs. Dans la petite tribune de l'orgue on avait réservé quatre sièges. C'est là que Magda venait se recueillir.

Comme toutes les personnes qui commencent réellement à vivre au coucher du soleil, bien souvent elle n'aurait pas entendu la messe s'il lui eût fallu apparaître déjà toute parée et correctement vêtue à dix heures, heure matinale pour une noctambule. Elle avait choisi ce coin surélevé, loin des profanes, où elle restait après la messe quand elle voulait éviter les conversations amicalement banales de la sortie. Elle venait là dans ses robes de maison, flottantes et enroulées de dentelles, les bras nus cachés sous de longs gants. Parfois elle se mettait à l'orgue et sa prière était une longue série de savantes harmonies qu'elle jouait ou chantait tandis que le prêtre, tout bas, psalmodiait.

Tanis aussi était un admirable musicien. Il ne refusait jamais de monter auprès d'elle et, tandis qu'il tenait l'orgue, la voix mélodieuse de Magda emplissait la chapelle. Toutes ces choses faisaient que les messes de la Luzière étaient fort suivies et que bien des gens tenaient à grand honneur d'en être les rares fidèles privilégiés.

Or, ce dimanche-là, Magda, en se levant se découvrit au cœur une telle paix, qu'elle se promit de chanter à la messe. Elle fit prier Tanis de vouloir bien tenir l'orgue. Comme elle en donnait la commission, sa femme de chambre vint lui dire que M. Leprince-Mirbel était arrivé le matin de bonne heure.

—Monsieur a pris un bain, a déjeuné, puis est parti dans le parc en donnant l'ordre de prévenir madame que monsieur verrait madame à la chapelle à l'heure de la messe. Monsieur a bien recommandé de ne pas déranger madame.

—C'est bien, Pauline; alors qu'on ne demande rien à M. de Tanis.