—Ma chère, si toutes les femmes quittaient leur mari pour cause d'infidélités, même souvent renouvelées, il n'y aurait pas un ménage uni dans le monde. Sur cela le premier devoir d'une femme est de fermer les yeux.

—Oui, si le mari conserve le respect de sa femme. Mais ce n'est point votre cas: les hommes comme vous sont des dissolvants... et puis il ne s'agit pas des autres et de ce qu'ils peuvent penser, il s'agit de vous et de moi... Au reste, votre délicatesse ne saura jamais s'entendre avec la mienne; j'accepte de vous accompagner, c'est là tout ce que vous voulez, je pense? N'en parlons donc plus et continuons de vivre, l'un envers l'autre, comme par le passé.

—Je vous remercie, Magdeleine...

—Ce n'est même pas la peine. Il me plaît de faire ce voyage et vous entrez pour si peu dans ma détermination que, vraiment, vous n'avez pas à m'en remercier.

Leprince-Mirbel lui jeta un terrible regard de haine et sortit.

Magda en fut frappée; ce regard ne correspondait pas aux intentions qu'il venait d'exprimer si doucereusement. Elle se demanda quel mobile l'avait poussé à faire cette démarche auprès d'elle. Un doute lui vint. Certainement, ce n'était pas l'unique désir de lui faire partager ses ovations et sa gloire... Quoi, alors?

Elle sortit de la bibliothèque et, ne voyant personne dans les salons ni sous la haute futaie à droite de la maison, elle se dirigea vers le Pavillon. Arrivée à la porte, elle frappa. Fugeret vint ouvrir. Ils étaient là tous les quatre, lui, Tanis, Governeur, Biroy, occupés à se désoler du départ prochain de leur chère Princesse.

—Vous arrivez bien, mignonne,—dit Fugeret en l'introduisant.—Nous sommes navrés et avons besoin de vous pour nous remonter le moral. Henry est venu nous annoncer triomphalement votre acquiescement à ce départ; puis il a pris le bras de Danans et tous deux s'en sont allés dans le parc, nous laissant ici, où nous poussons plaintes sur plaintes à propos de ce fou consentement.

—Eh bien, mes chers, quoique j'aie dit oui en toute sincérité, je ne suis pas encore partie. Je soupçonne, dans le désir de mon mari de m'emmener en Russie, une intention que je cherche en vain, des dessous que je veux éclaircir. Aussi, est-ce à vous que je m'adresse pour percer ce mystère et vais-je vous répéter mot à mot la scène qui vient de se jouer à la bibliothèque entre Henry et moi.

Après qu'elle l'eut dite, sans oublier le regard haineux que son mari lui avait jeté en la quittant, Tanis se leva et, marchant de long en large dans la vaste pièce, reprit: